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Trois Hourras pour Lady Évangeline

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Communiquer avec l’autre

Éditions L’Atalante, collection La Dentalle du Cygne, 236 pages

Certainement l’un des auteurs français de fantasy et science-fiction les plus prolifiques qui soit, Jean-Claude Dunyach délaisse ses trolls pour repartir dans les étoiles avec Trois Hourras pour Lady Évangeline.
L’auteur d’Étoiles Mortes reprend en réalité une novella du même nom publiée dans la revue Bifrost pour en faire un roman complet où la principale préoccupation est de réfléchir sur l’importance de la communication, notamment dans le cadre d’un premier contact avec une race extra-terrestre.
Que peut bien apporter de neuf Jean-Claude Dunyach sur un thème déjà abordé en long, en large et en travers à travers la science-fiction ?

« Communiquer, c’est comprendre qu’on a un autre univers en face de soi, quelque chose qui vit suivant ses propres règles et dont on est obligé de tenir compte. Mais si on ne communique pas, comment réagit-on ? »

Dès les premières pages, Trois Hourras pour Lady Évangeline se concentre sur le contact avec deux races qui n’ont quasiment aucun point commun — l’homme et un proto-nuage de particules intelligentes — et qui, de ce fait vont être incapables de cohabiter…et c’est peu de le dire !
Suite à la destruction totale du vaisseau Le Temps Incertain (certainement commandé par le Capitaine Jeury) et à la perte de contact avec la colonie Esmeralda, une expédition est envoyée dans la zone pour établir un contact avec cette nouvelle race hostile qui pourrait menacer l’humanité toute entière.
À son bord, l’ambassadeur Guarnera et une compagnie de Fusiliers chargée de le protéger. Malheureusement, dès la première rencontre, les choses tournent mal et le Vaisseau-Mère doit repenser totalement sa stratégie militaire et diplomatique.
Dans un autre coin du secteur, la fille de l’ambassadeur rentre dans une école d’un genre un peu particulier chargée de la mettre au pas. Insolente, lubrique, rebelle et carrément ingérable, Évangeline n’a aucune intention de se conformer aux règles de l’établissement et tente de retrouver la console qu’il lui a été enlevée dans le stock de l’école. Soudainement, les alarmes se déclenchent mais rien à voir avec son effraction : une invasion alien est en cours et Lady Évangeline se retrouve en plein milieu d’un cauchemar dont elle deviendra…la Reine !
De la science-fiction pure et dure donc qui va entrelacer deux fils narratifs condamnées à se rejoindre : d’un côté les mésaventures d’Évangeline qui virent au cauchemar organique Cronenbergien et de l’autre les déboires d’une expédition incapables de comprendre ce qu’elle affronte. Deux adversaires et deux approches radicalement différentes qui vont servir le thème central du roman : comment communiquer avec l’autre ?

Dans son premier arc, Jean-Claude Dunyach dresse le portrait d’une gamine prise dans les affres de l’adolescence et qui découvre avec une ardeur un peu trop incandescente les plaisirs du sexe. Évangeline incarne donc une jeune femme rebelle dont le tempérament de feu va lui permettre de survivre (et de s’adapter) à la pire des horreurs. Dans cette fascinante attaque extra-terrestre à mi-chemin entre Starcraft et Alien, Évangeline devient une proto-Kerrigan en mettant à sa botte les insectes spatiaux venus la dévorer. Passionnant (et souvent répugnant), cette partie prend au pied de la lettre la notion de transformation du corps adolescent pour en faire quelque chose d’extrême et symbolique : s’adapter ou mourir. Dunyach montre par la même occasion que la communication ne se fait pas uniquement par la parole ou la gestuelle mais également par les odeurs, les sécrétions et le sexe. C’est à la fois dérangeant et jouissif, mais surtout complètement réussi.
En face, l’expédition de l’ambassadeur offre un côté bien plus classique au lecteur avec de la SF militaire admirablement menée et rythmée (avec en outre un sens aigu du dialogue) qui met encore une fois en relief l’incommunicabilité entre deux espèces ne partageant pas de repères communs et qui, du fait, auront un comportement agressif devant l’inconnu.
Sous ses airs d’aventures spatiales, le roman nous questionne donc sur le rapport à l’autre et ce qu’implique l’absence de communication entre les peuples (alien ou humain).

« C’est une chose que l’on apprend vite, quand on voyage entre les mondes : les espaces clos envahis d’humains puent la soumission et la peur, quels que soient les efforts déployés pour nettoyer sans cesse chaque recoin. »

Malheureusement, et même si Jean-Claude Dunyach déploie une écriture remarquablement fluide et efficace, Trois Hourras pour Lady Évangeline a la fâcheuse tendance à lorgner vers le blockbuster hollywoodien dès qu’il s’agit de faire avancer l’histoire.
Du fait, les incohérences s’accumulent et il faut au lecteur parfois bien de la volonté pour faire fi des comportements totalement idiots des personnages qui rendraient presque ceux d’Alien : Covenant ingénieux.
Les raccourcis scénaristiques nécessaires au suspense de l’intrigue sont parfois gros à avaler (un vaisseau équipée d’IA ultra-intelligentes et à la pointe de la technologie mais qui ne détecte pas les phéromones et autres contaminations biologiques, un équipage militaire sur le pied de guerre qui n’hésite pas à détruire l’une de ses propres navettes présumées contaminées mais qui accueille gentimment une chose-femme devenue Reine d’une colonie d’insectes-aliens agressifs…) et l’histoire en pâtit globalement car on comprend que bien souvent ces raccourcis et facilités sont là pour permettre de développer le message de fond sur la communication. Un mal pour un bien, diront certains.
Bien sûr, le versant blockbuster donne aussi un certain côté page-turner à ce récit spatial mâtiné d’aventures teenager ce qui permet, somme toute, de raccrocher les wagons de la narration et de suivre l’histoire de Lady Évangeline jusqu’au bout sans véritable déplaisir.

Trois Hourras pour Lady Évangeline constitue donc une agréable balade parmi les étoiles où les amateurs de créatures extra-terrestres devraient en avoir pour leur argent. Réflexion sur le langage (sous toutes ses formes) et sur les affres de l’adolescence, le roman de Jean-Claude Dunyach abuse certainement de facilités scénaristiques un peu trop voyantes mais ne manque jamais d’idées lorsqu’il s’agit de stimuler l’attention de son lecteur.
Un bon divertissement en somme, plus intelligent qu’il n’y paraît.

Note : 7.5/10



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