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Après les attaques de Beni, Maliro trouve du soulagement

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A l’Est de la République Démocratique du Congo, des attaques armées contre les populations civiles continuent de forcer des milliers des personnes à se déplacer. Depuis l’année passée, des nombreuses familles ont fui des affrontements dans leurs villages et sont arrivées dans la cité de Mangina. Une épidémie d’Ébola a été déclarée dans la cité depuis aout 2018, et a déjà fait plus de 500 morts dans la région. Cette nouvelle épidémie n’a pas stoppé les conflits armés, et pourrait avoir des effets dévastateurs sur des communautés dont les conditions de vie étaient déjà précaires.

Un matelas, une couverture ainsi que des gobelets sont les biens essentiels pour le ménage de Maliro.

Maliro traverse doucement le terrain de football transformé en un vaste marché occasionnel. Des commerçants locaux ont installé leurs marchandises à même le sol dans des petites boutiques construites en bâches. Ils arborent un petit sourire à chaque fois qu’un client s’approche. La jeune femme de 20 ans porte un bébé sur sa poitrine, qu’elle a couvert avec un vieux tissu. Ce qui lui permet de bercer son enfant, et de se concentrer sur ce qu’elle doit acheter. Elle s’approche d’un marchand de pagnes, tout en comptant ses coupons, des bouts de papiers qui ont une valeur marchande contre laquelle elle peut se procurer des biens. Comme pour tous les autres représentants des familles déplacées, Maliro a eu des coupons d’une valeur de 100 dollars américains. Ce matin, avant de quitter la maison, elle et son mari ont convenu d’acheter des biens dont ils ont extrêmement besoin. Un soleil de plomb s’abat sur Mangina.

Survivre après le déplacement

« Je suis contente d’acheter ce matelas, j’en en avais vraiment besoin parce que je dors à même le sol sur une petite natte » s’exclame Maliro, à côté de son mari qui l’aide à faire l’inventeur des biens achetés : des assiettes, des draps, une chemise, des habits pour bébé, une couverture ainsi qu’un matelas. « Maintenant nous avons même une couverture. Notre bébé n’aura plus froid la nuit » ajoute-t-elle. Maliro affirme que jusque-là, sa famille a survécu grâce à la générosité des membres de la communauté. En arrivant ici, Maliro et son mari, ont reçu gratuitement une petite case comme logement. Ils sont aussi régulièrement embauchés par les communautés locales pour travailler dans les champs. Ce qui leur permet d’avoir un peu d’argent pour acheter de la nourriture. « Nous vivons du jour au jour, parfois nous n’arrivons pas à trouver de la nourriture » explique-t-elle.

Pourtant quelques mois auparavant, Maliro avait une vie normale dans son village. Elle avait son propre champ. Elle cultivait du mais, des haricots ainsi que des arachides. Un matin de Juillet 2017, des affrontements armés ont éclaté « C’était la débandade au village, chacun fuyaient dans son sens. » raconte Maliro.

Malgré sa grossesse, elle a dû marcher trois jours dans la brousse pour atteindre Mangina. Ses jambes étaient lourdes, et ne lui permettait pas d’avancer rapidement. Son mari avait pris un autre sentier pendant la fuite, et l’a retrouvé plus tard. « Des personnes que je croisais sur la route avait pitié de moi et m’offraient à manger. » se souvient-elle.

Maliro assure avoir tout abandonné mais elle n’a aucune intention de retourner chez elle « J’ai trop peur, mon champ est devenu le bastion des hommes armés, s’ils m’attrapent là-bas, ils feront de moi tout ce qu’ils veulent » Confie-t-elle. Une organisation humanitaire a organisé à Mangina une assistance sous forme d’un marché d’aides afin de permettre aux personnes déplacées comme Maliro de se procurer des articles ménagers qui vont leur permettre d’améliorer leur qualité de vie et de soulager leur souffrance.

Une femme déplacée s’achète des pagnes grâce aux coupons reçus.

Récouvrer son humanité

« Avant nous étions des humains, mais maintenant nous sommes considérées comme des animaux » s’exclame Kavira, une autre femme déplacée rencontrée dans ce marché. Quelques mois auparavant, des hommes armés ont envahi son village. « Ils ont tués beaucoup de gens et ont emporté des animaux domestiques » explique-t-elle. Deux membres de sa famille ont été décapités lors de l’attaque qui avait eu lieu pendant la nuit « en fuyant, nous marchions sur des cadavres » explique Kavira. Cette femme d’une cinquantaine d’années vit aujourd’hui avec son mari et ses 7 enfants à Mangina. Dans ce marché, elle a tenu à acheter entre autres articles ménagers, des nouvelles assiettes. Pour elle, faire le choix des biens dont elle a réellement besoin est aussi une question de dignité « Si ma fille vient avec son fiancé à la maison, il va manger dans des bonnes assiettes, nous serons respectés » explique-t-elle, avec un peu d’humour.

C’est la deuxieme fois que Nziavake vends ses produits dans une foire humanitaire. Les bénéfices de ses ventes lui permettent de scolariser ses enfants.

L’assistance humanitaire aux familles déplacées sous forme de valeur monnayable a été très appréciée par les communautés locales. Jackson Paluku président de la fédération des entreprises locales a dit que ce genre d’assistance soutient la croissance économique locale. « Ce marché permet d’augmenter les capitaux des commerçants de Mangina » assure-t-il. « Le volume des ventes est plus important dans cette foire que dans le marché normal » a dit aussi Nziavake. Cette femme commerçante de 33 ans compte les coupons de ses clients qu’elle échangera plus tard avec du cash. Elle espère reverser les bénéfices de ses ventes dans la scolarisation de ses enfants. « L’avantage ici c’est qu’on a du cash d’un seul coup, ce qui permet de planifier pour l’avenir », déclare-t-elle, satisfaite.



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