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Apprendre à survivre dans un camp des déplacés – Wassy Kambale – Medium

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Alors que des attaques armées se poursuivent dans plusieurs villages de l’Est de la République Démocratique du Congo, des nombreuses personnes qui fuient doivent lutter pour survivre dans des camps des déplacés. Selon le bureau de coordination des affaires humanitaires OCHA, plus de 100 000 personnes deplacées vivaient dans 24 sites de déplacement au Nord Kivu en janvier 2019.

Un camp de personnes deplacées à Masisi

Quand Mangaza évoque les souvenirs de la guerre, des gouttes de larmes sont visibles dans ses yeux. A 40 ans, elle a perdu presque tous les membres de sa famille « Nous sommes resté deux personnes. Nous étions 9 dans la famille, les autres sont mortes lors des combats ».

Quand des combats entre des groupes armés ont éclaté dans son village en mars 2017, Mangaza est partie s’installer dans un camp des déplacés à l’est de la RDC. « Nous étions déjà habitués à fuir dans la brousse aux environs du village lorsqu’il y avait des combats, mais quand des hommes armés ont commencé à tuer des civils, nous avons décidé de partir. » raconte Mangaza. Cet après-midi, elle est assise sur un morceau d’arbre dans sa petite case recouverte des feuilles de bananiers. C’est l’une des centaines de case qui se superposent sur des petites collines de Kikoma, un petit village situé à 80 km de Goma.

Mangaza a été choisie par les autres femmes pour s’occuper des questions féminines au camp de déplacés. Son travail consiste en grande partie à conseiller les femmes à maintenir l’harmonie dans leurs familles au camp. Elle se charge aussi de la sensibilisation sur l’hygiène et l’assainissement pour prévenir des maladies chez les enfants. Mangaza assure que ce travail lui permet de se sentir utile « Nous avons appris à survivre, sinon nous serions déjà morts à trop penser à ce qui s’est passé ».

Depuis plusieurs mois, Mangaza a survécu avec une demi-ration de la nourriture reçue d’une organisation humanitaire. « Avec cette assistance, nous avons eu suffisamment de nourriture pour manger deux fois par jour » se réjouit-elle. Mais cette nourriture n’a à peine couvert que quelques semaines, mais « maintenant c’est un peu difficile, il ne nous reste qu’un peu de farine que nous devons bien économiser pour que la vie continue » explique-t-elle en secouant un sac presque vide.

Dans le camp de Kikoma, des petites huttes feuilles de bananiers font office de maison

Un peu plus loin, Eugénie, 52 ans, vient d’apprendre que dans un village environnant, des hommes armés ont tué un membre de sa famille. Le deuil fait partie de son quotidien. « Je ne pleures plus » explique-t-elle. Comme Mangaza, Eugenie a reçu quelques vivres après avoir fui des affrontements dans son village avec ses 4 enfants. « Nous avions déjà fait 4 mois dans la brousse avant de décider de venir ici » raconte-t-elle.

Aujourd’hui, Eugenie s’apprête à cuire des gousses d’arachides qu’elle a entassées dans une petite casserole. Malgré les conditions difficiles au camp, elle veut assurer la survie de ses enfants. Chaque matin, elle va se prêter des gousses d’arachides dans les champs des environs, qu’elle prépare et revends ensuite pour nourrir ses enfants. « Ils n’ont rien mangé depuis le matin » révèle Eugénie. « J’ai encore un peu de haricot. Si ces arachides sont achetées, j’achèterai un peu de pomme terre pour que les enfants mangent ce soir ».

Eugenie fait bouillir des arachides qu’elle revendra plus tard dans le camp.

Mangaza et Eugenie font partie des milliers des personnes déplacées qui tentent chaque jour de survivre aux conséquences de la guerre. Dans le camp de Kikoma, la nourriture distribuée était juste suffisant pour permettre aux familles déplacées de survivre pendant deux semaines avant de retourner dans leurs villages. Mais plusieurs mois plus tard, des combats se poursuivent, et des nouvelles familles continuent d’arriver des villages environnants en proie à l’insécurité. L’espoir de retour s’amenuise davantage. A défaut de la restauration de la paix, une nouvelle assistance est nécessaire.



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